Les trois conseils

Les trois conseils

Un homme captura, un jour, un rossignol.

–  Homme, vois comme je suis maigre, pépia la bête menue. Je ne peux apaiser ta faim. Par contre, si tu me libères, je te donnerai trois conseils. Et n’aie pas peur que je te trompe. Je te confierai le premier ici même, au creux de ta main.

–  D’accord, dit l’homme. Je t’écoute.

–  Quoi que tu perdes, ami, ne le regrette pas. Même le bien le plus précieux, dès qu’il est perdu, oublie-le. Maintenant, laisse-moi aller, je te donnerai mon deuxième conseil.

L’homme ouvrit la main. L’oiseau s’envola. Il s’ébouriffa. Il lança :

–  Imagine que l’on te dise une étonnante énormité. Réfléchis. Avant de la croire, attends donc qu’elle te soit prouvée.

–  C’est le bon sens même, dit l’autre. J’attends ton troisième conseil. Tu l’as promis. Tu me le dois.

L’oiseau partit d’un rire frêle. Il se percha sur une branche et, le bec au ciel, répondit :

–   J’ai sous mes plumes deux diamants qui pèsent huit livres chacun. Si tu m’avais tué, bonhomme, ils seraient à toi maintenant !

L’autre tomba le cul par terre, ragea, rugit, tendit le poing.

–  Pauvre homme, pépia l’oiseau, là-haut, dans les plus hauts feuillages. Voilà que déjà tu regrettes ces diamants que tu as perdus. Et tu crois une absurdité. À quoi bon donner des conseils ? Comment moi, qui ne pèse rien, pourrais-je porter deux joyaux quinze fois plus lourds que mon corps ?

Qui croit savoir ne peut entendre.

(Henri GOUGAUD, Petits contes de sagesse pour temps turbulents)

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