Maintenant, on connaît le plus grand de tous

Maintenant, on connaît le plus grand de tous

La lune, au milieu de la nuit, se pavane et dit aux étoiles :

–  Que vaut le soleil, près de moi ? Presque rien. Je suis la plus grande.

Un petit lac, en bas, l’entend.

–  Toi, grande ? Allons, laisse-moi rire. Regarde-moi et tu verras. Tu verras quoi ? Tu te verras toi, petite sur mes vaguelettes. Je suis beaucoup plus grand que toi !

Un rat, au seuil de son trou d’arbre, sur la rive, ferme l’œil droit, regarde du gauche le lac, toussote et dit :

–  Pardonnez-moi, mais bien plus vaste que vous deux est assurément mon œil gauche. Il contient la lune, le lac, son autre rive, une montagne, un bout de forêt, et j’en passe, je ne voudrais pas vous fâcher.

Une chouette chasse alentour. Elle entend palabrer le rat, fonce droit sur lui et le mange. Puis, satisfaite :

– Maintenant, on connaît le plus grand de tous. Il contient la lune, le lac, l’œil du rat et le rat lui-même. C’est mon ventre. Bonsoir à tous.

Henri GOUGAUD, Petits contes de sagesse pour temps turbulents

2 thoughts on “Maintenant, on connaît le plus grand de tous

  1. Humour pour humour :
    Tout comme Alphonse Daudet dans son moulin, j’ai la chance d’abriter sous le toit de ma maison (ancienne ferme) une chouette. Enfin, je ne sais qui est logeur de l’autre car, tout comme le hibou d’Alphonse (incroyable coïncidence), elle s’y trouve depuis plus de vingt ans, C’est à dire plus que moi.
    Ayant lu avec bonheur que le sage écrivain, trouvant ce locataire silencieux plus plaisant qu’un autre, s’était empressé de lui renouveler son bail, je me suis, pour ma part, empressée de faire de même.
    Je peux donc dire que, depuis vingt ans, ma chouette et moi vivons une paisible entente, plagiant allègrement dans notre installation le Maître et son hibou : elle en haut et moi en bas.
    Mais cela va-t-il durer…? Je découvre, à travers ce conte divertissant et fort instructif, que si le ventre de ma chouette est, au monde, le « plus grand de tous », il me suffirait de faire de cet aimable volatile (qui vaut bien une de mes vieilles poules ex-pondeuses à qui je ne parviens à me résoudre d’offrir une fin de vie dans un bain bouillonnant et aromatisé) mon prochain diner pour contenir dans ma seule personne, lune, lac, montagne, forêt, rat et chouette et être alors, gloire enfin atteinte sans crainte de me voir dévorée à mon tour par un de mes prochains (avide de sommet mais pas jusqu’au cannibalisme), La PLUS GRANDE DE TOUS !

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